Libre accès aux résultats de la recherche

Note de la rédaction : le libre accès aux résultats de la recherche constitue une partie non négligeable des ressources numériques libres disponibles pour l’éducation, pour la recherche ou pour toute autre fin. Dans sa présentation, l’auteure définit le libre accès et indique les deux voies principales pour ce faire : la voie verte et la voie dorée. On retiendra que les avancées au Québec, pour être existantes n’en sont pas moins incomplètes. L’Adte souhaite que ses différentes publications, son colloque annuel et l’article ci-après informent davantage l’enseignement supérieur à propos des ressources numériques libres et incitent ses actrices et acteurs, quel que soit leur niveau de responsabilité, à [se] poser la question du libre dans leur établissement.

Présentation :

Libre accès aux résultats de la recherche

Cf. aussi de la même auteure : Libre accès immédiat et libre accès différé : impact sur la consultation des articles

par Sarah Cameron-Pesant
Analyste en gestion de l’information numérique

Yoshua Bengio, un chercheur reconnu

Yoshua Bengio, prix Turing, prix Killam

Yoshua Bengio s’était vu décerner récemment le prix Turing d’informatique et vient de recevoir le prix Killam qui reconnait le travail de chercheurs académiques au Canada.

Les paragraphes qui suivent sont des citations de Yoshua Bengio, traduites en français pour l’Adte, tirées de l’article de T’Cha Dunlevy: Université de Montréal prof wins $100 K Killam Prize, paru dans le journal The Gazette, le vendredi 26 avril 2019.

« C’est vraiment important qu’au Canada soient reconnues les personnes qui contribuent de façon marquante à notre société parce que les humains sont toujours motivés par ce genre de choses, pas seulement par l’argent. On se sent bien de faire quelque chose de plus grand que soi-même. »

« On doit remercier les gouvernements qui ont continué à investir dans la recherche basée sur la curiosité. »

« Plus d’étudiantes et d’étudiants choisissent l’intelligence artificielle parce que ce domaine de recherche est en vue et aussi en fonction du fait que cela contribue à changer le monde. »

Le prix Killam est un des prix les plus prestigieux pour les universitaires. Yoshua Bengio est fondateur et directeur scientifique du Montreal Institute for Learning Algorithms (MILA), qui dépend de l’Université de Montréal et de l’Université McGill. Son domaine de prédilection: l’apprentissage profond n’a pas toujours été populaire. Il faut dire que les immenses moyens informatiques nécessaires n’existaient pas encore quand il a lancé ses recherches avec son équipe.

Yoshua Bengio sera la conférencier principal, lors du Colloque de l’Adte qui aura lieu le 4 juin 2019 à l’Université Laval. Consulter le programme. S’inscrire.

Les citations sont de Yoshua Bengio

traduction par Pierre Cohen-Bacrie
Vice-président de l’Adte

Science ouverte à Montréal

L’enjeu principal du concept de « science ouverte » est une intéressante avancée de la connaissance, en lien avec la recherche scientifique, ses données, le développement de l’informatique, la prise de conscience des immenses capacités de partage de l’Internet (géométriquement proportionnelles au progrès technique) et l’engagement de nombre de scientifiques, des moins connus aux plus prestigieux.

Dans le domaine de l’intelligence artificielle

Dans le domaine de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage profond, Yoshua Bengio, fondateur et directeur scientifique du Montreal Institute for Learning Algorithms (MILA, institut de l’Université de Montréal et de l’Université McGill), prix Turing et prix Killam, qui donnera une conférence au colloque de l’Adte de juin 2019, en est un.

Dans le domaine des neurosciences

Dans le domaine des neurosciences, Guy Rouleau, directeur de l’Institut et hôpital neurologiques de l’Université McGill, est à l’origine, avec son équipe et avec la Fondation familiale Larry et Judith Tanenbaum, d’une initiative de partage des connaissances scientifiques assez complète, dont il a fait mention au colloque de l’Adte de mai 2018.

Annabel Seyller est présidente directrice générale de l’Institut de science ouverte
Tanenbaum
, situé à l’Institut et hôpital neurologiques de Montréal, à l’Université McGill. Elle accordait, le 15 novembre 2018, une entrevue radiophonique à CL’Hebdo. La transcription qui suit a été réalisée par l’Adte. L’entrevue, peut aussi être écoutée à partir de la minute 13.

Pierre Cohen-Bacrie
Vice-président de l’Adte

Entrevue d’Annabel Seyller

Annabel Seyller, PDG de l’Institut de science ouverte Tanenbaum

CL’Hebdo [CLH] : On connaît le principe des données ouvertes, partage de données rendues publiques, qui sont librement accessibles et réutilisables. Vous développez la science ouverte. Est-ce que cela a un lien avec les données ouvertes?

Annabel Seyller [AS] : Le concept de science ouverte est un concept extrêmement large, qui inclut des données ouvertes. Le concept de science ouverte a pris son essor au cours des dernières années et suscite un engouement au niveau international, Au départ, la science ouverte consistait surtout à partager les données associées à des publications scientifiques également ouvertes. L’Institut neurologique de Montréal a décidé, il y a deux ans maintenant [grâce à la donation de la fondation Tanenbaum], de prendre une position un peu plus pionnière en ajoutant à la composante de données ouvertes et de publication ouvertes des notions de bio-banque ouverte, de découverte et de développement du médicament ouverts, et une notion de propriété intellectuelle compatible avec cette philosophie de partage.

  • CHL : Le libre accès à l’information ouvre tous les avantages de la collaboration, de la mutualisation de l’information, mais la science répond aussi au principe du bien commun, principe parfois défendu de manière très ferme par la communauté scientifique. En ce qui a trait au domaine public, la logique est claire, mais comment peut-on inscrire le domaine privé dans la science ouverte?
  • AS : Je pense que c’est compatible. Pour nous, à l’Institut neurologique de Montréal, cela répond à une frustration et à une urgence d’agir. L’implantation de la science ouverte et des outils de la science ouverte est pour nous un accélérateur de mission. Dans le domaine des neurosciences, l’Institut neurologique de Montréal, qui est aussi un hôpital (appelé communément le Neuro),a à la fois une mission académique de développement des connaissances, de recherche et de formation, de par son affiliation à l’Université McGill, et une mission de pratique, de soins et d’accompagnement de patients au quotidien, d’où son affiliation également au Centre universitaire de santé McGill. C’est cette double affiliation et cette double mission qui font de notre Institut et de notre Hôpital une organisation intégrée qui offre un continuum d’activités et de services, depuis le laboratoire du chercheur jusqu’au chevet du patient. Accélérer la recherche pour le bénéfice du patient est un principe fondateur du Neuro, créé en 1934 par le docteur Penfield; il s,agit de développer les connaissances mais aussi de développer de meilleures pratiques et des traitements pour les patients. Les principales maladies neurologiques sont la SLA, la sclérose latérale amyotrophique (plus communément appelés la maladie de Lou Guering), la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques. Dans le cas de la maladie de Parkinson, elle est connue depuis plus de deux cents ans, sans qu’on ait, à l’heure actuelle, une option de traitement. Malgré le fait que l’on soit à l’ère du Big Data, que l’on ait un potentiel extraordinaire de collaboration grâce à l’intelligence artificielle, que des investissements majeurs soient faits en recherche dans ce domaine, on n’arrive toujours pas à développer des traitements, soit pour ralentir la progression de ces maladies ou pour complètement les éradiquer. Il y a donc un sentiment de frustration et d’urgence d’agir, dont le directeur du Neuro, le docteur Guy Rouleau, est bien conscient. puisqu’il est en contact lui-même avec les patients. C’est pourquoi le Neuro est le premier Institut au monde à avoir une politique de science ouverte. Nous encourageons donc non seulement le partage des données et des publications, mais nous créons une bio-banque d’échantillons de patients (sang, urine, tissu musculaire, liquide céphalo-rachidien), en entrant une granularité d’information pour chacun des patients, une traçabilité, en ajoutant à ces échantillons des données cliniques, d’imagerie, de génétique, d’études comportementales, pour arriver à ce qu’on appelle en anglais du Deep Phenotyping, à catégoriser extrêmement bien incertaine cohortes de patients en lien avec certaines pathologies. Ceci a une grande importance pour faciliter la recherche scientifique.
  • CLH : N’y a-t-il pas un blocage dû aux considérations éthiques, de normes, aux considérations de type légal ?
  • AS : Ces considérations sont importantes, mais elles n’ont pas constitué un frein à notre initiative. Nous avons mis en place, en prenant le temps nécessaire, un cadre éthique et différents formulaires de consentement du patient. Ce qui a aidé à ne pas ressentir de blocage, c’est le fait que les patients ressentent aussi cette frustration du manque de traitement et sont partenaires dans l’initiative. Certains patients ont le désir de s’impliquer et sont altruistes. Le diagnostic de SLA (ALS en anglais) prévoit généralement une évolution de trois à cinq ans avant une issue fatale. Ces patients se doutent que l’application éventuelle de découvertes facilitées par la bio-banque ne sera probablement pas pour eux, mais pour les générations à venir. Et ils sont nombreux à participer.
  • CLH : Merci. Au delà des patients eux-mêmes, la science ouverte implique-t-elle une participation citoyenne ?
  • As : Les patients sont des parties prenantes très importantes dans la science ouverte au Neuro. Il y a interaction avec les patients et avec différentes communautés. De plus, l’application de ces principes de science ouverte au Neuro est aussi une expérience sociale, car nous canetons d’opérer un changement de culture. La recherche scientifique est encore un milieu qui promeut la protection des données, qui n’encourage pas toujours une grande collaboration, parce que c’est un milieu compétitif qui croit malheureusement que la propriété intellectuelle est utile ; d’où le système de publication dans les meilleurs journaux, assurant ainsi la promotion de carrière. Nous cherchons donc des mécanismes pour reconnaître au niveau universitaire la contribution de chacun de nos chercheurs et de nos étudiants à la pratique des sciences ouvertes. La nouvelle génération de chercheurs qui arrive au Neuro est attirée par le partage et par la collaboration inhérents à la science ouverte.
  • CLH : Cet automne, on a vu émerger dans le monde de la recherche une sorte de révolte contre des éditeurs scientifiques ou contre des revues prestigieuses. En cause, des pratiques monopolistiques avec des hausses tarifaires inacceptables pour les établissements universitaires, mais aussi une forme de privatisation des données de recherche, en particulier en intelligence artificielle. Est-ce que la science participative serait la science de demain ?
  • AS : Oui. Ce que nous sommes en train de faire au Neuro soulève un engouement au niveau international et on sent que ce que nous bâtissons dans le domaine des neurosciences résonne dans d’autres disciplines. La publication scientifique est une pièce majeure de l’écosystème et n’est pas actuellement propice au partage des données. Pour trouver des modalités différentes et les appliquer, cela prend du temps. Nous avons développé une collaboration avec Faculty of the Thousand, un éditeur de Londres qui a bâti une plateforme de publication ouverte pour les besoins du Neuro. Cette plateforme s’appelle MNI Open Research. C’est un site web qui a actuellement en ligne et permet à nos chercheurs de publier leurs données rapidement et de les rendre accessibles. Cela permet aussi une revue par certains arbitres ou commentateurs externes qui est, elle aussi, ouverte. La transparence du processus est totale. Enfin, la science ouverte permet de profiter du Negative Data, autrement dit, une expérience dont le résultat n’est pas celui escompté a tout de même de la valeur. Il faut la partager pour éviter la duplication des efforts et pour avoir (ce qui compte pour les citoyens) une meilleure utilisation des fonds publics consacrés à la recherche.

Annabel Seyller
PDG de l’Institut de science ouverte Tanenbaum

Retranscription : Pierre Cohen-Bacrie

Presque 200 logiciels libres

La version de travail du Socle interministériel des logiciels libres 2019 contient presque 200 logiciels libres avec leur fonctionnalité et les systèmes d’opération, entre autres précisions.

L’Adte publie plusieurs listes qui se complètent, dont chacune a sa spécificité:

Cette liste contient une référence à un article ou plus du blogue de l’Adte, Logilibre, de façon à renseigner plus en profondeur sur l’utilisation pédagogique ou administrative du logiciel dans l’enseignement supérieur et dans l’éducation en général.

Celte liste provient de Wikipédia.

Près de 150 articles et pages de Logilibre et du site de l’Adte portent sur des logiciels libres, sur des ressources éducatives libres, sur la science ouverte ou sur des données ouvertes.

Enfin, la version de travail SILL 2019, présentée ici, renseigne sur le travail en progrès le plus actuel en France. Source. On peut encore y contribuer en attendant la version officielle.

N’hésitez pas à contribuer vous-même en commentaire à cet article.

L’Adte, Association pour le développement technologique en éducation, œuvre dans l’enseignement supérieur québécois et canadien. Le programme de son prochain colloque annuel est en ligne et il est encore temps de s’inscrire pour le 4 juin 2019.

Pierre Cohen-Bacrie
Vice-président de l’Adte

Collaborer avec les technologies libres ou open source

Note éditoriale : cet article est le fruit d’une collaboration entre la VTÉ (Vitrine technologie-éducation) et l’Adte (Association pour le développement technologique en éducation), et a paru d’abord sous le titre « Plateformes d’annotations et de curation libres ou open source » sur le site de la VTÉ. 

Parmi l’offre de plateformes et logiciels permettant l’annotation et la curation collaboratives, nous nous intéresserons ici aux outils libres ou en open source. Il s’agit principalement de Lacuna, Zotero, Hypothesis.is, WordPress/Edublogs, Twitter, Quite RSS et Wind 2.0. Sans être exhaustive, cette revue permet d’appréhender sérieusement la problématique d’une activité d’apprentissage mutualisée.

Dans la famille des agrégateurs, nous retiendrons Quite RSS et Wind 2.0. Malgré un relatif tassement de l’intérêt porté aux flux RSS (en partie parce que le nombre de sites qui prennent en charge le format RSS diminue), nous rappellerons qu’ils ne sont pas réservés aux sites d’information mais prouvent leur utilité pour n’importe quel site souvent mis à jour.

Quite RSS

logo application QuiteRSS

Logiciel libre et gratuit (licence GNU/GPL), QuiteRSS permet d’organiser (listes thématiques, marquages, indexation…) et suivre ses flux RSS, RDF et Atom sans passer pour son navigateur. Pour ceux qui utilisaient Google Reader, c’est une alternative fiable malgré un peu moins d’options. On y retrouve tout de même des fonctionnalités de partage, d’importation, d’exportation et de mise à jour automatique ou manuelle des flux.

Outre un mise en route rapide et une interface intuitive (par onglets), l’outil est personnalisable donc bien adaptée aux envies (besoins ?) des étudiants et palliant le reproche d’un design vieillot fait par certains esprits tatillons. Un clic et l’on accède à l’intégralité d’une information qui s’affiche par défaut en abrégé sur une barre de notification (Systray).

A ce propos, on lui a reproché de ne donner accès qu’à des lignes de texte alors que de plus en plus d’internautes s’abonnent à des contenus pour leurs images. Amélioration des versions précédentes, mauvaise foi ou peau de saucisson dans l’œil ? Toujours est-il qu’il existe bien une option d’affichage par image !

Bureau QuiteRSS

Intérêt pour le travail collaboratif

Pour les enseignants qui auraient besoin de créer et gérer plusieurs flux RSS en fonction de leurs différentes classes, QuiteRSS mérite qu’ils s’y attardent ; d’autant plus que la prise en main est vraiment simple, donc non parasitée par d’éventuelles difficultés techniques.

D’autre part, il permet d’introduire concrètement la notion de veille documentaire. QuiteRSS est aussi une occasion d’entraîner ses élèves à avoir une attitude responsable et citoyenne face aux informations dont ils sont inondés.

L’outil est intéressant mais à moins de le détourner un peu, on ne peut pas le conseiller en choix de première classe pour une activité pédagogique à visée collaborative. Il n’a pas été conçu pour cela mais avec un peu d’imagination, rien n’est impossible ! Pourquoi ne pas demander aux étudiants de créer et partager des signets vers des sites pertinents… comme une sorte de bibliographie annotée collaborative. On peut simplement utiliser le sigle du cours comme mot-clé afin de regrouper tous les signets ajoutés par les étudiants inscrits à ce même cours.

Version 018.12 (de juillet 2018) téléchargeable sur le site : https://quiterss.org/en/downloadDisponible pour Windows, MacOS et Linux.

Winds

logo winds

Winds est lui aussi en open source (licence MIT) mais en plus du précédent, il permet d’organiser et lire les podcasts (baladodiffusion). D’apparence plus moderne, il séduira sans doute davantage les jeunes. On peut le télécharger ou l’utiliser en ligne. Dans ce cas, en créant un compte d’utilisateur (gratuit mais incontournable), les contenus thématiques sont synchronisés lorsque l’on passe d’un support à l’autre (d’un ordinateur fixe vers un téléphone portable par exemple). Cependant,  puisque l’on dépend d’un service tiers, on n’est plus en utilisation «libre » au sens strict du terme. Grosso modo, on retrouve les mêmes fonctionnalités d’exportation, importation, de notifications et ainsi de suite. En revanche, il est encore peu personnalisable, hormis évidemment les recherches thématiques. Notons aussi qu’au-delà de 3 millions de mises à jour (ce qui laisse une marge confortable), Winds devient payant.

Jusqu’à présent, alors que tous s’accordent pour lui reconnaître une belle carrosserie, on trouve qu’il n’en a pas assez dans le moteur : manque de finesse et d’efficacité pour ceux qui voudraient une gestion pointue des podcasts. Pas de recherche dans les contenus, peu d’historique…  Il semblerait que les développeurs soient en train de se pencher de près sur ces quelques réserves.

tableau de bord - Winds

Intérêt pour le travail collaboratif

À condition d’employer des mots clés de recherche précis, Winds fait gagner un temps fou pour sélectionner les informations pertinentes sans visiter chaque site informateur.

Winds dispose d’un outil suggérant d’autres flux ou épisodes de baladodiffusion en fonction des recherches précédemment faites. Aussi, il peut être un excellent moyen pour enseigner les rudiments de la sélection et de l’analyse de l’information car il va de soi que ces suggestions automatiques ne sont pas toujours des plus heureuses.

Encore une fois, ce n’est pas un outil fait pour le travail collaboratif mais on peut envisager des activités pédagogiques dans ce sens pour peu que l’on soit inventif et de bonne volonté. Par exemple, certains enseignants l’utilisent déjà et demandent aux étudiants de s’abonner au fil du cours afin de recevoir les mises à jour sur la matière ou échanger à propos des actualités du domaine enseigné. On peut imaginer aussi y regrouper des podcasts faits par les étudiants sur un sujet précis. Les blogues servaient plutôt déjà à poster les travaux finaux des étudiants mais Winds pourrait être le petit outil par excellence pour que chacun suivre la progression des autres membres de leur groupe.

Version 3.1.6 (en janvier 2019) téléchargeable sur le site : https://getstream.io/winds/

Disponible pour Windows, MacOS et Linux.

Pour une plus large palette de possibilités, nous allons d’abord voir du côté de Lacuna puis de  WordPress qui héberge Edublogs.

Lacuna Stories

logo lagunaLacuna Stories est une plateforme libre d’annotation collaborative qui offre la possibilité d’engager des discussions en fonction de thématiques précises et des supports d’enseignement qui les accompagnent (syllabus ou extraits numérisés, regroupement de sources…) En principe, chaque institution héberge sa propre version du logiciel. Voir par exemple un aperçu pour l’université Stanford bien que l’accès soit restreint et nécessite un code d’accès.

tableau de bord laguna

Intérêt pour le travail collaboratif

L’étudiant a ici la possibilité de choisir son mode d’affichage (privé, accessible à l’enseignant uniquement, accessible à un groupe restreint, accessible à toute la classe). Cette flexibilité peut l’aider à se sentir à l’aise avec ce qu’il ne maîtrise pas encore et de travailler sur ses propres idées avant de les soumettre (ou pas) aux autres.

Lacuna fournit également aux élèves un outil intéressant pour établir des liens sémantiques entre différents textes ou passages. Un « kit de couture » rend possible la création de collections dans lesquelles les étudiants lient entre eux des extraits et des annotations au fur et à mesure que le cours avance. Cela favorise une assimilation plus profonde, plus personnalisée et plus libre car elle se fait autrement que dans l’unique perspective d’un travail à rendre.

La fonction de marquage donne aux enseignants l’opportunité de créer des catégories pour organiser les réponses, telles que «notes de cours», «réflexions», «propositions de communication», «essais finaux»… Le générateur de bibliographie automatique permet de relier des réponses à des textes spécifiques. Et tout comme les supports de cours, les réponses des étudiants peuvent aussi être annotées, ce qui facilite la rétroaction rapide et en temps réel des enseignants.

tableau de bord laguna annotationLes analyses de données renseignent sur la dynamique d’apprentissage individuel en mettant en lumière ce qui a été lu, commenté et assimilé. Sur un tableau de bord, les sujets qui intéressent ou posent problème sont ainsi identifiés et éventuellement travaillés en priorité en classe.

Développé par une équipe pluridisciplinaire de professeurs, d’employés et d’étudiants à l’université de Stanford, cette plateforme en ligne est spécialement conçue pour les cours de sciences humaines ou pour travailler l’argumentaire, les compétences en lecture attentive et en écriture collaborative.

Pas de support technique mais de nombreux tutoriels et scenarii pédagogiques disponibles.

Edublogs

logo edublogsWordPress héberge l’incontournable plateforme Edublogs au potentiel pédagogique presqu’illimité.  La plupart du temps, on s’appuie sur elle pour élaborer des eportfolios, des blogs et des sites Web. Elle fournit également des outils de gestion de classe avec lesquels les enseignants organisent et supervisent des sites d’étudiants. Chaque site comprend des pages statiques et des options de commentaires en direct. Les utilisateurs ont la possibilité de télécharger des médias et de commenter les publications. Les paramètres peuvent être définis pour autoriser les sites individuels ou de groupe et pour contrôler la confidentialité. On appréciera aussi l’absence de publicités. Un grand nombre de thèmes est disponible pour personnaliser son blog. Sans doute le plus grand réseau de bloggeurs dans le domaine de l’éducation (presque 4,4 millions de blogs depuis 2005) Edublogs héberge également plusieurs communautés d’enseignants.

Intérêt pour le travail collaboratif

On ne reviendra pas sur l’intérêt pédagogique de la conception d’un site spécifique pour une classe qui permet de travailler de manière autonome et différenciée.

Les portfolios et la conservation stimulent les compétences analytiques des étudiants lorsqu’ils recherchent, sélectionnent, réfléchissent et annotent le contenu, que ce soit individuellement ou en collaboration. La fonctionnalité « Commentaires » sur les sites Edublogs peut être utilisée pour les remarques des pairs ou des discussions sur le contenu partagé (y compris le travail des étudiants). Les sites de groupe sont exploitables pour la conservation collaborative, le développement d’eportolio et l’écriture collaborative, ce qui permet des opportunités d’apprentissage coopératif.

Dans le domaine des applications ou des extensions qui ont fait leurs preuves pour la curation de contenu collective, nous retiendrons Zotero, Hypothes.is et Twitter.

Zotero

logo zoteroZotero est le parfait programme à installer (libre, gratuit avec une interface en français si besoin) pour les étudiants qui réalisent des travaux de recherche ou pour ceux qui ont besoin de présentation d’information formelle. Il est connu pour gérer les citations et les références bibliographiques (automatiquement formatées selon l’un des 9000 styles disponibles) mais dans sa dernière version, il va plus loin et s’oriente aussi vers la cartographie et l’évaluation alternative de l’information. Plus largement, il est aussi indiqué pour organiser, annoter, exporter, classer par collection et indexer des recherches (images, pages web entières ou passages). Pour générer une bibliographie « toute simple », on recommandera plutôt d’utiliser son petit frère zbib.

Le projet est porté par l’Université de Montréal et celle de l’Indiana mais l’on trouvera aussi beaucoup de documentation et de tutoriels sur le site des bibliothèques de l’UQAM, ou de la bibliothèque du Collège Montmorency ainsi que sur le blog Zotero francophone.

tableau de bord zotero

Intérêt pour le travail collaboratif

Bien qu’il ne propose pas de fonctions de clavardage ou d’annotations instantanées et partagées, il a la capacité de synchroniser les données d’un groupe de travail privé depuis plusieurs ordinateurs et de détecter les doublons. Libre alors aux participants de rassembler leurs recherches, de se partager les parties à rédiger et de les commenter pour ensuite éditer des bibliographies pertinentes. Des rapports automatiques permettent éventuellement à l’enseignant de prendre connaissance de l’état d’avancement et de donner son avis.

D’autre part, à partir d’un corpus préalablement choisi et téléchargé, Zotero facilite l’organisation d’une bibliothèque numérique personnalisée grâce à l’ajout de notes, de mots-clés, de pièces jointes ou de métadonnées. Il peut donc être utilisé pour approfondir les compétences individuelles de recherche et pour les cours ayant une composante méthodologique.

Un bel exemple de bibliographie collaborative est présenté sur le site. 96 chercheurs de l’International Society for First World War Studies alimentent régulièrement une base de 90 collections thématiques, soit plus de  16 000 références. Une mine d’informations dans laquelle on retrouvera son chemin par auteur, titre ou mots-clés.

Version 5.0 (en janvier 2019) téléchargeable sur le site : https://www.zotero.org/download

Disponible pour Windows, MacOS et Linux. Noter que la version portable n’est pas officiellement distribuée par Zotero et que les développeurs ne pourront fournir qu’un support technique limité.

Hypothes.is

logo hypothesisHypothes.is (licence Free BSD) est un autre outil libre et gratuit dont le cœur de cible est le milieu universitaire ou collégial. Néanmoins, il présente un peu plus d’opportunités de collaboration que Zotero, par exemple celle de faciliter l’annotation critique de n’importe quel contenu en ligne : news, blogues, conditions d’utilisation, lois, articles scientifiques, sondages, etc. Soit les images et vidéos sont elles-mêmes annotées, soit elles viennent enrichir une annotation et en deux temps trois mouvements, un cours devient personnel et enluminé ! Pour ceux qui ne rêvent pas d’esthétique, le tableau de bord simple suffit amplement.

plugiciel hypothesisAprès passage obligatoire par la case « création de compte », le plugiciel se greffe facilement à son navigateur. Google Chrome est clairement favori mais heureusement, le système est souple et l’on peut ajouter à sa barre de favoris Firefox un signapplet spécialement conçu à cet effet.

La licence étant libre, il est théoriquement envisageable de traduire l’interface en français. En attendant, les annotations s’ajoutent évidemment en n’importe quelle langue. Attention toutefois : par défaut, les annotations sont en accès public. Il faut donc leur affecter des métas catégories favorisant le rapprochement des annotateurs et la constitution de groupes semi-fermés.

Un critère de choix mérite d’être mentionné : ses liens historiques avec le groupe Annotation du W3Cdont on espère beaucoup en matière d’interopérabilité.

Pour une mise en œuvre détaillée et en français, on recommande la lecture de l’article suivant : Hypothes.is, un excellent service collaboratif d’annotation d’articles en Open Source / Christophe Deschamps (23 mai 2018) in Outils Froids.net

tableau de bord hypothesis

Intérêt pour le travail collaboratif

Les enseignants se servent d’Hypothes.is pour annoter des textes, sélectionner les annotations des étudiants par thème, créer des glossaires automatiquement à partir de mots-clés ou encore poser des questions en direct aux étudiants, vérifiant ainsi leur degré d’implication. On trouvera des idées d’activités pédagogiques à cette adresse : https://web.hypothes.is/blog/back-to-school-with-annotation-10-ways-to-annotate-with-students/

Les étudiants pourront l’exploiter pour annoter des cours magistraux, créer des index ou des bibliographies et surtout, identifier des intérêts communs grâce au moteur de recherche. Il suffit ensuite de créer une page d’accueil commune semi-privée et d’activer la fonction clavardage, laquelle facilite la lecture active, le recueil de commentaires et donc l’analyse critique des points de vue et l’évaluation de la crédibilité des déclarations accessible sur le web. Bien que la plupart des initiatives soient en mode privé, quelques exemples d’utilisation en classe sont à découvrir ici : https://web.hypothes.is/examples-of-classroom-use/

Si l’on résume : un outil hyper intéressant pour stimuler les compétences habituelles engagées dans un travail collectif : lecture active, définition de catégories de classement communes, revue par les pairs, esprit critique, entraînement à la modération participative et test de  son jugement par rapport à celui des autres !

Twitter

logo twitterÀ défaut d’être une application libre, elle est sans conteste celle de la liberté. Vivons heureux, vivons exhibés. En bref, on comprendra que l’accès privé n’est pas le mode par défaut de Twitter… Aujourd’hui, il relie et fédère des communautés de personnes gigantesques qui partagent des points de vue, exhortent à des actions ou encore créent et entretiennent la polémique. Si en plus on a à faire à des influenceurs, la portée est énorme.

Ce n’est donc plus juste un réseau de microblogage sur lequel on suit des dizaines de de comptes. Son potentiel collaboratif est d’ailleurs monté d’un cran depuis que les possibilités d’écriture et de création en groupe se sont enrichies. Par exemple, il suffit de créer des Twitter Moments pour regrouper des informations par thèmes et c’est parti pour la curation, le partage et les débats ! Comme la présentation est dynamique, on peut y ajouter des listes de gazouilleurs populaires ou s’abonner à des listes déjà actives et participer à l’enrichissement des informations glanées par chacun. Chaque thème préalablement décrit et indexé donne donc accès à des contenus ciblés à partir desquels on interagit et que l’on partage ou pas avec ses abonnés. Un système d’alerte permet de savoir quelles nouvelles informations arrivent sur le fil.

Intérêt pour le travail collaboratif

S’il a longtemps été victime de réticences plus ou moins fondées, force est de constater qu’aujourd’hui, Twitter est largement reconnu comme outil pédagogique (lire par exemple 50 idées pour utiliser l’utiliser en classe ou  Twitter Pédagogique. Apportant une plus-value certaine pour les recherches personnelles ou en groupe, il a pleinement sa place dans cet article.

La forme courte des gazouillis appelle une véritable concision d’écriture, ce qui résulte souvent d’une créativité linguistique particulièrement foisonnante et, avec l’interaction de ses pairs, toujours en émulation.

On ne reviendra pas sur le concept du mot-clic (hashtag) aussi utile pour le repérage et le suivi d’une information en temps réel…. avec tout ce que ça génère comme pollution documentaire. Pour éviter cet écueil, il suffit juste de s’organiser en amont pour réfléchir à une indexation pointue qui ne repêche que les listes pertinentes.

Obligeant à agréger, sélectionner et réfléchir sur un contenu pas toujours fiable, Twitter Moments est donc à la fois :

  • un outil de curation de contenu événementiel
  • un forum de discussion qui encourage l’expression claire de son point de vue
  • un outil de conservation (d’un travail en classe, d’une conférence, d’un atelier…)
  • outil de création aussi puisque les Moments supportent toutes sortes de médias
  • un agrégateur d’information
  • un support solide pour traiter le problème de l’identité numérique

La multitude d’activités pédagogiques démontre le potentiel étonnant de cette petite application qui a priori ne cassait pas trois pattes à un « cygne ».

Disponible en ligne depuis le site sous et téléchargeable dans la plupart des e-boutiques.

La curation et l’annotation ne sont pas des pratiques nouvelles mais la surcharge d’informations en ligne encourage l’utilisation d’outils spécifiques qui permettent d’ajouter de la valeur au contenu sélectionné sans se limiter à la gestion de signets, à l’étiquetage ou à l’agrégation simple. Il n’y a pas d’outil idéal. Tout dépend du cahier des charges de l’utilisateur. C’est avant tout la possibilité d’enrichissement collective des ressources qui a été retenue dans la sélection présentée ici.

par Anne-Laure de Sarrau
conseillère TIC