Libre ou ouvert : plaidoyer pour le mot juste

«Et quand ce ne serait qu’un mot [liberté], c’est quelque chose, puisque les peuples se lèvent quand il traverse l’air.» Lorenzaccio, Alfred de Musset. 

Le sens des mots est influencé par le contexte de leur emploi courant. Par exemple, l’expression «code ouvert» (open source), en informatique, est usuellement comprise dans le sens que l’utilisatrice ou l’utilisateur peut prendre connaissance du code source. Ainsi, le mot «ouvert» se présente, dans le langage courant, comme une fausse évidence : on serait ouvert quand on donne accès à son code; comme si cela suffisait. Continuer la lecture de « Libre ou ouvert : plaidoyer pour le mot juste »

Charte pour l’innovation, la créativité et l’accès au savoir

Allégorie du libre
« Qu’est-ce là ? lui dit-il. Rien. Quoi ? rien ? Peu de chose.
Mais encor ? Le collier dont je suis attaché… »
Le loup et le chien, Jean de La Fontaine

Cette Charte pour l’innovation, la créativité et le transfert des connaissances est d’une grande qualité conceptuelle. Elle a le mérite d’expliciter les choix et la vision du libre, en faisant référence à la liberté d’expression et de communication, en prônant la notion de culture libre et en formulant des propositions sur l’éducation. Elle a été appuyée, entre autres, par Richard Stallman. Continuer la lecture de « Charte pour l’innovation, la créativité et l’accès au savoir »

Libre ou ouvert : traces d’un dialogue

Dialogue : « conversation entre deux ou plusieurs interlocuteurs ou groupes d’interlocuteurs, de manière à mettre en évidence la contradiction ou, le cas échéant, la convergence entre les opinions, les idées, les thèses », source : Centre national de ressources textuelles et lexicales.

Ayant écrit l’article Libre ou ouvert : plaidoyer pour le mot juste, j’ai posté, sur Twitter, le 21 mai 2018, une remarque, adressée indirectement à un journaliste de Zdnet.fr qui sous titrait : « Open Source » l’initiative de la Ville de Montréal de s’orienter vers le logiciel libre, en espérant susciter un dialogue.

Ce fut le cas :


  • Pierre Cohen-Bacrie @captic (P) : Merci. Zdnet,fr parle de logiciels « open source » alors que l’expression « logiciel libre » existe. Ce n’est pas seulement un emploi de mots étrangers, c’est l’emploi de termes qui ne sont pas justes ou qui génèrent de la confusion. La Ville de Montréal parle de logiciels libres.
    En fait, sur Montréal, l’auteur de l’article de Zdnet.fr  tient au titre : « Open Source : La métropole canadienne précise son choix de modernisation avec les logiciels libres, », sinon, il parle de logiciels libres https://frama.link/osl 

  • Robin Millette  (R) : En fait, «open source» est nouveau dans le Robert. Quant aux logiciels et licences, libre ou open, ça revient exactement au même. C’est seulement quand on veut en faire la promotion qu’on choisit l’un ou l’autre camp et c’est bien malheureux.
  • P : Selon la définition officielle de l’Open Source Initiative, oui, mais pas selon le langage courant cf : https://frama.link/pmj  Mettre sous le titre « Open Source » l’initiative de la Ville de Montréal qui choisit le logiciel libre me paraît un peu léger.
  • R : Après vérification, «open source» est dans le Larousse depuis 2017 et sera dans le Robert de cette année. Les mots évoluent selon leurs usages.
  • P : Libre y est sûrement depuis plus longtemps 🙂 C’est vrai qu’il y a certaines évolutions dans l’usage, mais quand c’est pour de mauvaises raisons et que cela crée de la confusion, pourquoi ne pas tenter de défendre le mot juste?
  • R : Question de choisir ses batailles. J’ai découvert le libre avec  il y a une éternité. Je voudrais que tout le monde utilise nos logiciels (vs Photoshop, Office, etc.) et je reconnais l’attrait marketing de l’expression «Open Source» comme point de départ.
  • P : Je comprends, merci ! Crois-tu vraiment qu’open source fasse parfois la différence? Quelqu’un qui ne jure que par un logiciel non libre comme Photoshop, qui est passé dans le langage courant, sera-t-il plus tenté d’adopter Gimp si on le nomme open source que si on le nomme libre?
  • R : Ça varie selon l’interlocuteur, bien sûr. Je crois tout de même que «open source» veut dire (un peu) quelque chose à plus de gens que lorsque l’on parle de logiciel libre. Par contre, je déteste logiciel à code source ouvert, beurk 😉 Mais ça revient à la popularité seulement.
  • R : Par exemple, je ne connais pas de licences qui sont libres et qui ne sont pas aussi open source; ou inversement.
  • R : Mon historique: – découvert Stallman et le libre dans les années 1980 – installé GNU/Linux en 1995 (en attendant Windows 95) – rejoins Linux-Québec début 2000 – co-fonde (et nomme) FACIL en 2003 – coordonne la première SQIL en 2004 – réunis FSF et CC à 
  • P : Merci pour ton parcours. C’est en me rendant compte du risque d’affaiblissement du sens de science « ouverte » par rapport aux principes de l’Initiative de Budapest (ne retenant que l’accès ouvert), que je vois la logique de l’emploi du mot juste : « libre », dans tous les cas.
  • R : Il y a d’excellentes raisons de favoriser l’expression «Logiciel libre», je ne suis pas contre du tout, soyons clairs. Les deux esprits sont biens ancrés avec chacun leur définition propre. Mais on peut parler de Firefox et LibreOffice sans s’obstiner si c’est libre ou open 🙂
  • P : Merci encore. Je ne connaissais pas la League for Programming Freedom. Le problème est que, dans le langage courant, « open source » désigne la moitié d’une des quatre libertés du logiciel libre. Pour ce qui est de l’usage, Framasoft, par exemple, emploie uniquement Logiciel libre.
  • R : Pourquoi la moitié? Quelle moitié? Open source, ça comprend bien les 4 libertés, comme le veut la FSF. Seulement, OSI utilise 10 points pour parler exactement des même logiciels (libre, sur 4 points).
  • P : Tu as raison. J’ai dit : « dans le langage courant ». Voir :
  • R : C’est sûr que «Open/Ouvert» ça peut vouloir dire tout et n’importe quoi. C’est à proscrire; mais «Open source» est assez bien établi pour avoir son propre sens, même s’il y a beaucoup de FUD de part et d’autres.
  • P : Exact. Faudra-t-il employer Open Science et Open Data en français, avec les mêmes risques d’imprécision? Le sens d’Open Source, au sens de l’Open Source Initiative est effectivement bien établi, mais qui lit la définition officielle?
  • R : En fait, la définition d’open source vient directement du contrat social de Debian (par le même auteur, ) et parmi les distributions, Debian en est une qui se veut des plus « logiciel libre ». Mozilla/Firefox, digne représentant du libre a aussi mis au monde Open Source.
  • P : Oui, mais, selon Wikipedia « Un an après sa création, Bruce Perens décide de se retirer du projet à la suite de ce qu’il appelle un «échec de l’Open Source Initiative» et écrit un essai publié par la Free Software Foundation intitulé « Pourquoi nous parlons de logiciels libres ». »
  • R : Si je dis «Entrée libre», je veux dire gratuit. Ce mot non plus n’est pas à l’abris des imprécisions. C’est la langue qui est comme ça. Pour bien mêler les gens, je dis souvent «Libre, comme dans marché libre». 🙂
  • P : Bien vu. Mais les libertés du libre comprennent la liberté commerciale, entre autres libertés. Et il est plus facile d’expliquer la liberté, car c’est de cela qu’il s’agit, que d’expliquer l’ouverture du code, car ce n’est pas là l’essentiel. Quant à mettre de côté l’éthique…
  • R : Bien vu. C’est pour toutes ces raisons que je préfère voir les rapprochements entre les deux expressions, sans chercher la nuance, puisqu’en fin de compte on parle des même logiciels et des même licences. C’est une discussion intéressante entre initiés, mais pas pour attirer.
  • P : Bien sûr. Ce n’est pas une guerre de mots. Pour intéresser au libre, je ne crois pas qu’il faille céder à la facilité comme ceux qui disent que c’est gratuit. Il est vrai que les licences ne sont la plupart du temps pas limitées, mais l’enjeu est plus important: c’est la liberté.
  • R : 100% d’accord 🙂 Mais je ne fais pas de l’urticaire quand je lis « Open source » et quand je l’écris, si c’est plus long qu’un tweet, je vais utiliser les 2 expressions dans le même texte.
  • P : Merci, en tout cas, Robin, pour cette discussion intéressante et instructive !
  • R : Merci aussi pour cette discussion 🙂 On complètera la discussion en personne si jamais je sors de ma tanière 🙂

Et, finalement :

  • P : Est-ce que tu m’autorises à publier notre discussion sur Twitter portant sur « libre – open source » Telle quelle, sur le blogue de l’Adte? Je pense que cela pourrait être intéressant.
  • R : Oui bien sûr 🙂 Ça m’a aussi fait réfléchir et songer à pondre un article de mon côté, même si c’est très rare. Je suis bien open à ta proposition, sens toi libre 😉

Quelques jours plus tard :

« Open Source est une synecdoque : utiliser la partie pour nommer le tout. »


  • Bruce Perens‏ @BrucePerens (B) en réponse à @captic @RoLLodeQc : The good news is that anyone who ever felt there was a reason to deprecate Richard Stallman or Free Software is long gone from OSI.
  • P : Thanks Bruce! Nice to hear from you. It might be time then to use « Free » more often, as Open Source is a synecdoche: « a part used for the whole ». The OSI Definition makes this statement : «Open source doesn’t just mean access to the source code.». It is not needless to say :)I saw that Deborah Bryant who is Board Director Emeritus at the Open Source Initiative is frequently using the term « Free Software ». That is encouraging.

 

Pierre Cohen-Bacrie
Vice-président de l’Adte
Logiciels et ressources libres, science et données libres

Note : Les raisons qui ont poussé Éric Raymond et Bruce Perens (bien que ce dernier ait changé d’avis peu après) à fonder l’Open Source Initiative sont expliquées par Sam Williams, dans son livre : Libre comme liberté : la croisade de Richard Stallman pour le Logiciel libre [cf.  chapitre XI Open Source].

En quoi l’open source perd de vue l’éthique du logiciel libre

« Venez nous rejoindre dans le monde libre que nous construisons ! »,
Richard Stallman au 5e Colloque libre de l’Adte 2018

Quand on dit qu’un logiciel est « libre » [free], on entend par là qu’il respecte les libertés essentielles de l’utilisateur : la liberté de l’utiliser, de l’étudier, de le modifier et d’en redistribuer des copies, modifiées ou non. C’est une question de liberté, pas de prix – pensez à « liberté d’expression » et pas à « entrée libre » [think of “free speech”, not “free beer”].

Ces libertés sont d’une importance vitale. Elles sont essentielles, pas uniquement pour les enjeux individuels des utilisateurs, mais parce qu’elles favorisent le partage et la coopération qui fondent la solidarité sociale. Elles prennent encore plus d’importance alors que notre culture et nos activités quotidiennes se numérisent. Dans un monde de sons, d’images et de mots numériques, le logiciel libre devient de plus en plus nécessaire pour la liberté en général.

Des dizaines de millions de personnes de par le monde utilisent maintenant le logiciel libre ; les écoles publiques de quelques régions d’Inde et d’Espagne enseignent à tous les élèves l’utilisation du système d’exploitation libre GNU/Linux. Mais la plupart des utilisateurs n’ont jamais entendu parler des raisons éthiques pour lesquelles nous avons développé ce système et bâti la communauté du logiciel libre, parce qu’aujourd’hui ce système et la communauté sont le plus souvent décrits comme « open source » et attribués à une philosophie différente dans laquelle ces libertés sont à peine mentionnées.

Le mouvement du logiciel libre fait campagne pour la liberté des utilisateurs de l’informatique depuis 1983. En 1984 nous avons lancé le développement du système d’exploitation libre GNU, afin de pouvoir éviter les systèmes d’exploitation non libres qui refusent la liberté à leurs utilisateurs. Durant les années 80, nous avons développé la majeure partie des composants essentiels de ce système et conçu la licence publique générale GNU (GNU GPL), une licence destinée spécifiquement à protéger la liberté de tous les utilisateurs d’un programme.

Cependant, tous les utilisateurs et développeurs de logiciel libre n’étaient pas en accord avec les buts du mouvement du logiciel libre. En 1998, une partie de la communauté du libre a formé un groupe dissident et commencé à faire campagne au nom de l’« open source ». Cette dénomination fut proposée à l’origine pour éviter une possible incompréhension de free software, mais on l’associa bientôt à des points de vue philosophiques complètement différents de ceux du mouvement du logiciel libre.

Certains des partisans de l’open source considéraient cela comme « une campagne marketing pour le logiciel libre » qui séduirait les cadres des entreprises en mettant en relief ses avantages pratiques, tout en évitant les idées de bien et de mal que ces cadres pouvaient ne pas apprécier. D’autres partisans rejetaient catégoriquement les valeurs morales et sociétales du mouvement du logiciel libre. Quel que fût leur point de vue, ils n’ont ni mentionné ni préconisé ces valeurs pendant leur campagne pour l’open source. On associa rapidement « open source » à des idées et des arguments basés sur des valeurs utilitaires comme la fabrication ou la possession de logiciels puissants et fiables. La plupart des défenseurs de l’open source se sont depuis ralliés à ces idées et ils continuent à faire cette association.

Les deux expressions décrivent à peu près la même catégorie de logiciel, mais elles représentent des points de vue basés sur des valeurs fondamentalement différentes. L’open source est une méthodologie de développement ; le logiciel libre est un mouvement de société. Pour le mouvement du logiciel libre, ce dernier représente un impératif éthique, l’indispensable respect de la liberté de l’utilisateur. La philosophie de l’open source, pour sa part, envisage uniquement les enjeux pratiques, en termes de performance. Elle dit que le logiciel non libre est une solution sous-optimale au problème pratique à résoudre. La plupart des discussions sur l’open source ne s’intéressent pas au bien et au mal, seulement à la popularité et au succès. En voici  un exemple typique.

Pour le mouvement du logiciel libre, au contraire, le logiciel non libre est un problème sociétal, et la solution consiste à cesser de l’utiliser et à migrer vers le logiciel libre.

« Logiciel libre ». « Open source ». Si ce sont les mêmes logiciels (ou presque), le nom utilisé pour les qualifier est-il important ? Oui, parce que des mots différents véhiculent des idées différentes. Bien qu’un programme libre, si on l’appelle autrement, vous donne la même liberté aujourd’hui, établir la liberté de manière durable exige comme condition première d’enseigner la valeur de la liberté. Si vous voulez y contribuer, il est essentiel de parler de « logiciel libre ».

Nous qui militons au mouvement du logiciel libre, nous ne considérons pas le camp de l’open source comme un ennemi ; l’ennemi est le logiciel privateur.3 Mais nous voulons faire savoir aux gens que nous défendons la liberté, c’est pourquoi nous n’acceptons pas d’être incorrectement assimilés aux partisans de l’open source.

Différences pratiques entre logiciel libre et open source

En pratique, l’open source défend des critères un peu moins stricts que ceux du logiciel libre. À notre connaissance, le code source de tous les logiciels libres publiés existants répond aux critères de l’open source. Presque tous les logiciels open source sont des logiciels libres, mais il y a des exceptions. D’abord, certaines licences open source sont trop restrictives, donc se disqualifient en tant que licences libres. Par exemple, « Open Watcom » est non libre parce que sa licence ne permet pas d’en faire une version modifiée et de l’utiliser en privé. Heureusement, les programmes utilisant ces licences sont rares.

Plus important encore en pratique, beaucoup de produits incluant des ordinateurs vérifient les signatures de leurs programmes exécutables de manière à empêcher les utilisateurs d’installer des exécutables différents ; seule une entreprise agréée peut faire des exécutables pouvant fonctionner dans l’appareil ou accéder à l’ensemble de ses capacités. Nous donnons à ces appareils le nom de « tyrans », et la pratique en question s’appelle « tivoïsation » d’après le produit (Tivo) dans lequel nous l’avons observée pour la première fois. Même si l’exécutable provient d’un code source libre, les utilisateurs ne peuvent pas en faire fonctionner de version modifiée ; l’exécutable n’est donc pas libre.

Les critères de l’open source ne tiennent pas compte de ce problème ; ils s’intéressent uniquement à la licence du code source. Par conséquent ces exécutables non modifiables, quand ils sont obtenus à partir d’un code source comme GNU/Linux, qui est open source et libre, sont open source mais non libres. De nombreux produits Android contiennent des exécutables tivoïsés de GNU/Linux, non libres.

Malentendus courants sur le « logiciel libre » et l’« open source »

L’expression free software souffre d’un problème de mauvaise interprétation : une signification fortuite, « un logiciel que vous pouvez avoir gratuitement », lui correspondrait aussi bien que la signification voulue, « un logiciel qui donne certaines libertés à l’utilisateur ». Nous traitons ce problème en publiant la définition du logiciel libre et en disant :think of “free speech”, not “free beer”. Ce n’est pas une solution parfaite, cela ne peut pas complètement éliminer le problème. Une expression correcte non ambiguë serait meilleure si elle n’avait pas d’autres problèmes.

Malheureusement, toutes les dénominations alternatives en anglais ont leurs problèmes. Nous avons étudié un grand nombre de suggestions, mais aucune ne s’impose assez clairement pour qu’il soit souhaitable de l’adopter (par exemple, le mot français ou espagnol « libre » peut être utilisé dans certains contextes, mais en Inde les gens ne le reconnaissent pas du tout). Toutes les expressions suggérées pour remplacer free software ont des problèmes sémantiques, y compris open source software.

La définition officielle du « logiciel open source » (publiée par l’Open Source Initiative et traduite en français, trop longue pour être citée ici) dérive indirectement de nos critères pour le logiciel libre. Elle est différente, car un peu plus laxiste à certains égards. Néanmoins, cette définition est en accord avec la nôtre dans la plupart des cas.

[NDLR. À la question lui demandant de préciser : « un peu plus laxiste à certains égards », Richard Stallman a répondu : » je ne dirais pas «laxiste» mais plutôt «pas assez stricte». En interprétant leur définition, ils ont accepté plusieurs licences que nous rejetons comme trop restrictives. Heureusement, il n’y a pas beaucoup de logiciels sous ces licences. »]

Cependant, la signification évidente de « logiciel open source » est « vous pouvez regarder le code source » et c’est celle qui semble venir à l’esprit de la plupart des gens. Il s’agit d’un critère beaucoup plus faible que celui du logiciel libre, et aussi beaucoup plus faible que la définition officielle de l’open source. Il inclut beaucoup de programmes qui ne sont ni libres, ni open source [stricto sensu].

La signification évidente d’« open source » n’étant pas celle qu’entendent ses défenseurs, la plupart des gens comprennent mal cette expression. Selon Neal Stephenson, « “Linux est un logiciel open source” signifie simplement que n’importe qui peut obtenir des copies de son code source ». Je ne pense pas qu’il ait délibérément cherché à rejeter ou à remettre en cause la définition officielle. Je pense plutôt qu’il s’est simplement basé sur les conventions de la langue anglaise pour trouver un sens à cette expression.  L’état du Kansas a publié une définition similaire : « Utiliser des logiciels open source (OSS). Les logiciels open source sont des logiciels pour lesquels le code est librement et publiquement disponible, bien que les accords de licence spécifiques varient sur ce que l’on peut faire avec ce code. »

Le New York Times a fait paraître un article qui élargit le sens de cette expression jusqu’à l’appliquer aux bêta tests (laisser quelques utilisateurs essayer une pré-version et donner un retour confidentiel), ce que les développeurs de logiciels privateurs pratiquent depuis des décennies.

La signification d’« open source » a été élargie au point d’englober les plans d’équipements qui sont publiés sans brevet. Les plans d’équipements libres de brevets peuvent être des contributions louables à la société, mais l’expression « code source » ne peut pas leur être appliquée.

Les partisans de l’open source essaient de traiter le problème en rappelant leur définition officielle, mais cette approche corrective est moins efficace pour eux qu’elle ne l’est pour nous. Free software a deux significations naturelles, l’une d’entre elle étant la signification escomptée ; ainsi une personne qui aura saisi l’idée de free speech, not free beer ne pourra plus dès lors se tromper sur son sens. Mais le terme « open source » n’a qu’une seule signification naturelle, qui est différente de la signification voulue par ses partisans. Aussi n’y a-t-il aucune manière succincte d’expliquer et de justifier sa définition officielle. Cela ne fait qu’augmenter la confusion.

Autre malentendu de l’open source : l’idée que cela signifie « ne pas utiliser la GNU GPL » ; cette idée va souvent de pair avec la confusion entre « logiciel libre » et « logiciel sous GPL ». Ce sont deux erreurs, puisque la GNU GPL répond aux critères de l’open source et que la plupart des licences open source répondent aux critères du logiciel libre. Il y a de nombreuses licences de logiciel libre, à part la GNU GPL.

Le sens de l’expression « open source » a été élargi par son application à d’autres activités, entre autres l’administration publique, l’éducation et la science, où la notion de code source n’a aucun sens et où les critères des licences de logiciel ne sont tout simplement pas pertinents. La seule chose que ces activités ont en commun est que, chacune à sa manière, elles invitent le public à participer. Tant et si bien qu’« open source » ne signifie plus que « participatif », « transparent » ou moins encore. À la limite, c’est devenu une expression à la mode vide de sens.

Des valeurs différentes peuvent amener à des conclusions similaires… mais pas toujours

Les groupes radicaux des années 60 avaient une réputation de sectarisme : certaines organisations se sont scindées en deux en raison de désaccords sur des détails de stratégie et les deux groupes résultants se sont traités l’un l’autre en ennemis en dépit du fait qu’ils avaient les mêmes buts et se basaient sur des valeurs semblables. La droite a fait grand cas de ceci et s’en est servi pour critiquer la gauche toute entière.

Certains essaient de dénigrer le mouvement du logiciel libre en comparant notre désaccord avec l’open source aux désaccords de ces groupes radicaux. Ces personnes ont tout faux. Nous sommes en désaccord avec le camp de l’open source sur les buts et les valeurs de base, mais en pratique leurs points de vue et les nôtres mènent dans beaucoup de cas au même comportement, comme de développer du logiciel libre.

Par conséquent, les gens du mouvement du logiciel libre et du camp de l’open source travaillent souvent ensemble sur des projets concrets comme le développement logiciel. Il est remarquable que des point de vue philosophiques tellement divergents puissent si souvent motiver des personnes différentes à participer aux mêmes projets. Néanmoins, il y a des situations où ces vues fondamentalement différentes mènent à des actions très différentes.

L’open source repose sur l’idée qu’en permettant aux utilisateurs de modifier et redistribuer le logiciel, celui-ci en sortira plus puissant et plus fiable. Mais cela n’est pas garanti. Les développeurs de logiciels privateurs ne sont pas forcément incompétents. Parfois il produisent un programme qui est puissant et fiable, bien qu’il ne respecte pas les libertés des utilisateurs. Les militants du logiciel libre et les partisans de l’open source vont réagir très différemment à cette situation.

Un pur partisan de l’open source, absolument pas influencé par les idéaux du logiciel libre, dira : « Je suis surpris que vous ayez été capable de faire fonctionner ce programme si bien sans utiliser notre modèle de développement, mais vous l’avez fait. Comment puis-je m’en procurer un exemplaire ? » Ce genre d’attitude incite à des arrangements qui emportent avec eux notre liberté, la menant à sa perte.

Le militant du logiciel libre dira : « Votre programme est vraiment attrayant, mais pas au prix de ma liberté. Donc je n’en veux pas. Je vais faire mon travail autrement et soutenir un projet ayant pour but de développer une alternative libre. » Si nous accordons de la valeur à notre liberté, nous pouvons agir pour la conserver et la défendre.

Un logiciel puissant et fiable peut être mauvais

Le souhait que le logiciel soit puissant et fiable provient de l’idée que le logiciel est fait pour servir ses utilisateurs. S’il est puissant et fiable, il les sert mieux.

Mais pour qu’on puisse dire d’un logiciel qu’il sert ses utilisateurs, il doit respecter leur liberté. Que dire s’il est conçu pour les enchaîner ? Sa puissance signifie alors uniquement que les chaînes sont plus serrées. Les fonctionnalités malveillantes telles que l’espionnage des utilisateurs, les restrictions, les portes dérobées et les mises à jour forcées sont pratique courante dans les logiciels privateurs et certains partisans de l’open source veulent les introduire dans les programmes open source.

Sous la pression des maisons de disques et des producteurs de films, les logiciels destinés au grand public sont de plus en plus conçus spécifiquement pour lui imposer des restrictions. Cette fonctionnalité malveillante est connue sous le nom de gestion numérique des restrictions, ou DRM (voir DefectiveByDesign.org). Dans son esprit, c’est l’antithèse de la liberté que le logiciel libre vise à procurer. Et pas simplement dans l’esprit : étant donné que le but des dispositifs de DRM est de piétiner votre liberté, leurs concepteurs essayent de vous rendre difficile, impossible ou même illégal de modifier le logiciel qui met en application ces dispositifs.

Pourtant quelques défenseurs de l’open source ont proposé des « DRM open source ». Ils partent de l’idée qu’en publiant le code source de leur programme conçu pour restreindre votre accès aux médias chiffrés, et en autorisant d’autres personnes à le modifier, ils produiront un logiciel plus puissant et plus fiable pour imposer des restrictions aux utilisateurs comme vous. Il vous sera alors livré dans des appareils qui ne vous permettront pas de le changer.

Il se peut que ce logiciel soit open source et utilise le modèle de développement open source ; mais ce ne sera pas un logiciel libre, puisqu’il ne respectera pas la liberté des utilisateurs qui le font effectivement fonctionner. Si le modèle de développement open source réussit à rendre ce logiciel plus puissant et plus fiable pour limiter vos droits, cela le rendra encore pire.

La crainte de la liberté

À l’origine, la principale motivation de ceux qui ont détaché le camp de l’open source du mouvement du logiciel libre était que les idées éthiques du « logiciel libre » mettaient certaines personnes mal à l’aise. C’est vrai : soulever des questions éthiques comme la liberté, parler de responsabilités aussi bien que de commodité, c’est demander aux gens de penser à des choses qu’ils préféreraient ignorer, comme de savoir si leur conduite est éthique ou non. Cela peut déclencher un malaise et certains peuvent simplement fermer leur esprit à ces questions. Il ne s’ensuit pas que nous devrions cesser d’en parler.

C’est pourtant ce que les leaders de l’open source ont décidé de faire. Ils ont supputé qu’en passant sous silence l’éthique et la liberté et en ne parlant que des avantages pratiques immédiats de certains logiciels libres, ils seraient à même de « vendre » le logiciel plus efficacement à certains utilisateurs, particulièrement aux entreprises.

Quand les partisans de l’open source parlent de quelque chose de plus fondamental, ils évoquent habituellement l’idée de « faire cadeau » du code source à l’humanité. Présenter cela comme une bonne action exceptionnelle, allant au-delà de ce qu’exige la morale, laisse supposer que la distribution de logiciel privateur sans le code source est moralement légitime.

Cette approche a prouvé son efficacité, à sa manière. La rhétorique de l’open source a convaincu beaucoup d’entreprises et de particuliers d’utiliser et même de développer du logiciel libre, ce qui a élargi notre communauté, mais seulement à un niveau pratique superficiel. La philosophie de l’open source, avec ses valeurs purement utilitaires, empêche la compréhension des idées plus fondamentales du logiciel libre ; elle amène beaucoup de monde dans notre communauté, mais ne leur apprend pas à la défendre. En soi, ce n’est pas mal, mais ce n’est pas assez pour instaurer une liberté durable. Attirer des utilisateurs vers le logiciel libre [sans le nommer] ne leur fait faire qu’une partie du chemin vers la défense de leur propre liberté.

Tôt ou tard, ces utilisateurs seront invités à retourner vers le logiciel privateur pour quelques avantages pratiques. D’innombrables sociétés cherchent à les tenter de cette manière, certaines proposent même des exemplaires gratuits. Pourquoi les utilisateurs refuseraient-ils ? Ils le feront seulement s’ils ont appris à donner de la valeur à la liberté que leur procure le logiciel libre, à la liberté en tant que telle, plutôt qu’à la commodité technique et pratique de logiciels libres particuliers. Pour diffuser cette idée, nous devons parler de logiciel libre. Une certaine dose de l’approche « profil bas » avec les entreprises peut être utile pour la communauté, mais elle est dangereuse si elle devient si commune que l’amour de la liberté finit par ressembler à une excentricité.

Cette situation dangereuse est exactement celle qui prévaut actuellement. La plupart des gens impliqués dans le logiciel libre en disent peu sur la liberté, en particulier les distributeurs, généralement parce qu’ils cherchent à « se faire mieux accepter en entreprise ». Presque toutes les distributions du système d’exploitation GNU/Linux ajoutent des paquets privateurs au système de base libre et ils invitent les utilisateurs à considérer cela comme un avantage, plutôt qu’un défaut.

Les greffons logiciels privateurs et les distributions GNU/Linux partiellement non libres trouvent un terreau fertile parce que la majeure partie de notre communauté n’exige pas la liberté de ses logiciels. Ce n’est pas une coïncidence. La plupart des utilisateurs de GNU/Linux ont été introduits au système par un discours open source qui ne leur a pas dit que son objectif était la liberté. Les pratiques qui ne défendent pas la liberté et les discours qui ne parlent pas de liberté vont de pair, l’un favorisant l’autre. Pour surmonter cette tendance, nous avons besoin de parler davantage de liberté et non l’inverse.

« FLOSS » et « FOSS »

On utilise les termes « FLOSS » et « FOSS » pour rester neutre vis-à-vis du logiciel libre et de l’open source. Si la neutralité est ce que vous recherchez, « FLOSS » est le meilleur des deux parce qu’il est vraiment neutre. Mais si votre but est de défendre la liberté, ce n’est pas en utilisant des termes neutres que vous l’atteindrez. Pour défendre la liberté, vous devez montrer aux gens que vous la soutenez.

Rivaux en termes de popularité

« Libre » et « open » sont rivaux en termes de popularité. « Logiciel libre » et « open source » sont des notions différentes mais, dans la vision du logiciel qu’ont la plupart des gens, elles se font concurrence sur le même créneau conceptuel. L’habitude de dire et penser « open source » fait obstacle à la compréhension de la philosophie du mouvement du logiciel libre et empêche d’y réfléchir. Si une personne en est arrivée au point de nous associer, nous et notre logiciel, au terme « open », elle a peut-être besoin d’être choquée intellectuellement pour admettre que nous militons pour autre chose. Toute action qui fait la promotion des termes « open » ou « ouvert » a tendance à tirer un peu plus le rideau qui cache les idées du mouvement du logiciel libre.

Par conséquent, les militants du logiciel libre seront bien avisés de ne pas prendre part aux actions qui se présentent comme « open » ou « ouvertes ». Même si l’action dont il s’agit est bonne en soi, chacune de vos contributions fait un peu de mal par ailleurs en promouvant l’idée d’open source. Il y a une multitude d’autres actions bénéfiques qui se présentent comme « libres ». Toute contribution à ces projets a un petit plus par ailleurs. Avec un choix pareil de projets utiles, pourquoi ne pas choisir celui qui fait le plus de bien ?

Conclusion

Au moment où ceux qui prônent l’open source amènent de nouveaux utilisateurs dans notre communauté, nous, militants du logiciel libre, devons assumer la tâche d’attirer l’attention de ces nouveaux utilisateurs sur la question de la liberté. Nous devons leur dire « C’est du logiciel libre et il te donne la liberté ! » plus souvent et plus fort que jamais. Chaque fois que vous dites « logiciel libre » plutôt qu’« open source » vous soutenez notre cause.

[NDLR : traduction française, revue par l’Adte, d’un article de Richard Stallman originellement en anglais, parue il y a plusieurs années dans gnu.org, et mise à disposition sous licence Creative Commons CC BY ND]

 

Richard Stallman
Fondateur du mouvement du logiciel libre
Président de la Free Software Foundation

[NDLR : voir l’article de Pierre Cohen-Bacrie « Libre ou ouvert : plaidoyer pour le mot juste« , qui développe, dans Logilibre, blogue de l’Adte, une logique similaire à propos de science et de données dites « ouvertes ». « Science ouverte »? « Données ouvertes »? Vraiment? Ou plutôt « Science libre » et « Données libres »?]

 

La révolution du logiciel libre

« C’est si bon de rentrer chez soi au petit matin et d’entendre le chant des oiseaux. On se sent profondément serein, content du travail de la nuit. » in Richard Stallman : la révolution du logiciel libre.

La reprographie imprimée du livre Richard Stallman : la révolution du logiciel libre, une biographie autorisée [ format 8 1/2 x 11, reliée à l’allemande, 387 p.] sera disponible à la table d’exposant de la Free Software Foundation, lors du 6e Colloque libre de l’Adte 2019.

  • Reprographie imprimée autographiée : 48 $, autographe : « Happy Hacking, Richard Stallman »;
  • Il est possible de se procurer cette reprographie en communiquant par courriel avec l’Adte;
  • Le livre : Richard Stallman : la révolution du logiciel libre, une biographie autorisée peut être téléchargé sans frais en  PDF.

Richard Stallman : ses idées changent le monde
Page du 6e Colloque libre de l’Adte 2019, 13 et 14 juin 2019, Université Laval

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L’Adte prône les logiciels et les ressources éducatives libres,
la science et les données ouvertes dans l’enseignement supérieur

Un appel d’offres adapté aux petites entreprises du libre

Projet-pilote sur l’approvisionnement « Ouvert par défaut » du Canada : une expérience en matière de souplesse

Entre les mois de juillet et septembre 2017, deux ministères du gouvernement du Canada ont collaboré pour mettre à l’essai une nouvelle approche d’acquisition de services numériques. Je travaille pour l’un de ces ministères et je souhaite faire part de ce que nous avons réalisé.

La nouvelle approche d’approvisionnement est plus rapide que les approches traditionnelles. Elle cible le point de vue du soumissionnaire et tente de simplifier autant que possible la tâche des fournisseurs de se faire concurrence en vue d’un contrat.

La nouvelle approche n’est pas parfaite, mais nous croyons qu’elle constitue un pas dans la bonne direction. Dans la présente publication, je veux vous faire part des étapes que nous avons suivies. Surtout, je veux vous inviter à nous aider à améliorer la façon dont nous faisons l’acquisition de services numériques.

Commençons par le début… 

Le gouvernement du Canada a pris un engagement ambitieux visant à assurer l’ouverture et la transparence. Jetez un coup d’œil aux lettres de mandat, c’est-à-dire les directives que le premier ministre a données à tous les ministres du Cabinet visant à établir leurs priorités. Toutes les lettres indiquent que « le gouvernement et les renseignements du gouvernement devraient être ouverts par défaut ».

L’un des outils clés que nous utilisons pour assurer l’ouverture est le site web du gouvernement, ouvert.Canada.ca. Mon équipe du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada (SCT) est responsable des engagements du gouvernement concernant le gouvernement ouvert et nous avons durement travaillé avec nos partenaires dans l’ensemble du gouvernement afin de remplir le site web de contenu. Aujourd’hui, plus de 60 ministères et organismes fédéraux ont publié environ 120 000 éléments d’information (surtout des données) sur notre site web.

Au début du mois de juillet, nous avons ajouté un nouvel élément à notre site : un portail pour le projet-pilote « Ouvert par défaut ». Selon nous, le nouveau portail pour le projet-pilote « Ouvert par défaut » constitue une expérience de transparence radicale. Nous avons créé une façon permettant aux personnes d’accéder aux documents provisoires internes, de jeter un coup d’œil derrière le rideau et d’être témoin des types de documents que nous produisons sur une base quotidienne. Vous pouvez en apprendre davantage sur ce que nous avons effectué en consultant notre blogue.

Nous avions finalement un outil pour commencer à incarner la vision de l’ouverture par défaut. Malheureusement, nous avons également eu un problème. Nous avons tellement mis de contenu sur notre site web qu’il commençait à être difficile à utiliser.

Nous avons décidé de demander à des gens de nous aider à résoudre le problème. Notre équipe du SCT a uni ses forces avec le ministère qui se spécialise dans l’acquisition de solutions aux problèmes comme le nôtre, Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC).

Services publics et Approvisionnement Canada a travaillé avec nous pour élaborer une méthode d’approvisionnement adaptée et fondée sur les défis. L’objectif consistait à chercher des concepts novateurs qui correspondaient à nos exigences et qui nous permettraient à nous, le client, d’obtenir de meilleurs résultats tout en étant plus facile d’utilisation pour les soumissionnaires potentiels.

Contexte : Comment nous avons appris à cesser de nous inquiéter et à aimer l’approvisionnement

« Finies les demandes de propositions de 200 pages. Nous allons plutôt avoir de la concurrence. Finis les mariages à l’aveuglette avec les grands fournisseurs de la TI, nous ferons du « dating » de façon continue (…) plus d’action et moins de baratin, une attention plus particulière aux prototypes fonctionnels qui permettent de voir ce qu’une compagnie ou un fournisseur peut faire, plus de compétition et de fournisseurs plus agiles. »
— L’honorable Scott Brison, président du Conseil du Trésor, mai 2017

Legouvernement ouvert est une culture de gouvernance qui favorise une meilleure ouverture et responsabilité, accroît la participation citoyenne à l’élaboration de politiques et de conception de services, facilite l’innovation, et crée un gouvernement plus économique, efficace et à l’écoute.

Alors, comment nous sommes-nous retrouvés dans un projet-pilote sur l’approvisionnement ? Passez à la section suivante si vous êtes uniquement intéressés par ce que nous avons fait. La présente section donne un aperçu du contexte dans lequel nous menons nos activités.

Le site web du gouvernement ouvert

Le site ouvert.Canada.ca est l’un des outils que nous utilisons pour le gouvernement ouvert au gouvernement du Canada. Il a été lancé en 2012 uniquement comme portail de données. Il a depuis évolué de façon à comprendre un ensemble complet de ressources documentaires et à faciliter la mobilisation à l’égard de l’initiative sur le gouvernement ouvert et des activités connexes.

Nous croyons que nous avons fait du bon travail lors de la conception de notre site web. Il s’agit d’une source entièrement libre (voici notre code [anglais]) et nous avons récemment été reconnus comme chef de file mondial des données ouvertes (nous sommes enchantés d’avoir été classés deuxièmes au monde par le baromètre Open Data). Cependant, alors que nous continuons de faire la promotion du gouvernement ouvert et de publier un nombre croissant de ressources, nous avons réalisé que nous devions rendre la tâche de trouver des renseignements sur notre site plus facile pour les utilisateurs. De plus, nous voulions rendre le site plus intéressant et son utilisation plus amusante.

Nous ajoutons constamment de nouvelles informations dans le site ouvert.Canada.ca. Nous voulions donc qu’il devienne un centre de données, de renseignements et de possibilités de participer et d’apprendre.

Le projet-pilote « Ouvert par défaut »

Nous avons convenu qu’il était temps de commencer à chercher de façon sérieuse un moyen de devenir ouvert par défaut. En tant que gouvernement, nous avons une réputation solide d’ouverture, mais nous souhaitions aller plus loin. Nous voulions savoir si nous pouvions élaborer une solution technique dans le but d’inviter les citoyens à l’arrière-scène pour consulter nos documents de travail avant qu’ils ne soient mis au point et officiellement publiés. Non seulement la solution pouvait-elle donner accès à des renseignements essentiels, mais nous avons aussi cru qu’elle contribuerait grandement à signifier à quel point nous sommes sérieux à l’égard de l’ouverture en plus de commencer à faire la promotion d’une culture qui appuie l’ouverture par défaut.

Afin de mettre les choses en branle, nous avons demandé à quatre ministères clients de nous faire parvenir des documents qui sont maintenant accessibles sur ce nouveau portail. Les partenaires initiaux étaient Environnement et Changement climatique Canada, Patrimoine canadien, Ressources naturelles Canada et nous, le SCT. Nous avons aussi travaillé en étroite collaboration avec SPAC afin d’élaborer une solution technique rigoureuse et d’élaborer notre stratégie d’approvisionnement, que je décrirai ci-dessous.

Le portail contient actuellement 543 documents, une goutte d’eau dans l’océan compte tenu de l’étendue des connaissances que le gouvernement du Canada possède. Pour les besoins de ce projet-pilote, nous avons pris soin d’adopter une stratégie qui n’entraînerait pas de risques inutiles en excluant des documents possiblement problématiques (p. ex., des documents contenant des renseignements personnels). Le projet-pilote donne une vue d’ensemble sur le monde gouvernemental ou une sorte de laissez-passer pour l’arrière-scène.

En résumé, nous avons réussi à construire le portail « Ouvert par défaut » en connectant notre répertoire de documents interne, GCDocs, à notre catalogue de contenu externe que vous voyez sur ouvert.Canada.ca et que nous utilisons pour assurer le suivi de nos données ouvertes. Le portail tire parti des systèmes opérationnels actuels, dont le site web du gouvernement ouvert et les répertoires de documents ministériels internes, afin de fournir la plateforme technique.

Le défi

Pendant que nous construisions notre nouveau portail « Ouvert par défaut », nous avons réalisé que nous faisions face à un problème d’utilisation urgent croissant. Non seulement le site web contenait-il déjà une énorme quantité d’information, mais proposions-nous d’en ajouter beaucoup plus!

Nous avons décidé de demander de l’aide aux Canadiens.

Nous voulions trouver un fournisseur pour élaborer une solution source ouverte pré-commerciale novatrice qui rehausserait et améliorerait l’expérience utilisateur sur notre site web. Nous voulions surtout faciliter la tâche de trouver et de récupérer des renseignements hébergés dans le nouveau portail du projet-pilote « Ouvert par défaut » pour les utilisateurs.

Problèmes particuliers auxquels nous avons été confrontés

Voici quelques exemples des types de problèmes que nous avons cernés auprès des soumissionnaires potentiels :

  • nos fonctions de recherche ne répondaient pas bien aux requêtes en langage simple;
  • nous devions répertorier manuellement tout ce que nous mettions dans le site web, ce qui prend du temps et peut introduiredes erreurs;
  • l’utilisation du vocabulaire contrôlé était incohérente, rendant ainsi la fonction de recherche moins efficace que ce qu’elle pouvait être;
  • il était difficile de trouver du contenu dans le site web;
  • les options de consultation des renseignements et des données étaient limitées;
  • de façon générale, l’interface du site web était assez difficile à utiliser.

Vous pouvez obtenir plus de renseignements concernant notre défi ainsi que les critères que nous avons utilisés pour évaluer les soumissions dans notre demande de propositions. Celle-ci est accessible sur notre appel d’offres.

Limites

Nous avons toutefois insisté sur le fait que la solution choisie devait être en fait viable. Nous avons donc précisé qu’elle devait être intégrée à l’infrastructure numérique actuelle du site web du gouvernement ouvert. Elle devait rehausser l’expérience utilisateur du portail du projet-pilote « Ouvert par défaut », mais compte tenu de l’infrastructure commune, nous nous attendions également à ce qu’elle améliore le site web du gouvernement ouvert dans son ensemble.

Par ailleurs, nous avons précisé que la valeur du contrat devait s’élever à un maximum de 75 000 $ en plus des taxes applicables. Nous avons aussi précisé que nous avions besoin d’une solution de source libre et nous avons fourni les critères de sélection dans notre appel de propositions. Nous avons volontairement évité d’établir trop d’exigences afin de permettre le plus d’innovation et créativité possible.

Objectifs du SCT quant au Projet-pilote sur l’approvisionnement « Ouvert par défaut »

Nous nous sommes fixés quelques objectifs quant au projet-pilote sur l’approvisionnement :

  • Fondé sur le défi — Nous voulions lancer un défi illimité fondé sur le caractère utilisable et l’innovation dans le but de tirer parti de la créativité des experts pour améliorer notre site web.
  • Rapide — Nous voulions octroyer un contrat très rapidement, réaliser le processus entier à l’intérieur de deux mois et octroyer un contrat le jour où nous avons terminé notre évaluation.
  • Ouvert — Nous voulions être accessibles en tant que clients, fournir des réponses aux soumissionnaires potentiels grâce à un webinaire et réaliser notre évaluation grâce à un événement de style « Dans l’œil du dragon ».

Essentiellement, nous voulions rapidement tirer profit de ces investissements à construire le portail « Ouvert par défaut » pour rehausser l’expérience utilisateur dans notre site web de façon considérable.

Échéanciers

En plus d’avoir fait face à quelques défis de taille, nous voulions réaliser un progrès assez rapide. Voici les échéanciers que nous nous sommes imposés :

Échéanciers que nous avons établis pour le portail « Ouvert par défaut » et le projet-pilote sur l’approvisionnement

Approche d’approvisionnement

Nous étions enthousiastes de pouvoir travailler sur ce processus avec SPAC. Services publics et Approvisionnement Canada a agi en tant qu’autorité contractante, protégeant l’intégrité du processus, alors que le SCT était le client et l’autorité technique. En collaborant avec SPAC, nous avons choisi une approche qui, selon nous, allait mener à l’atteinte de bon nombre de nos objectifs. Voici les caractéristiques principales de l’approche :

  • Fondé sur le défi — Défi illimité fondé sur le caractère utilisable et l’innovation.
  • Concurrentiel — Fournisseurs canadiens admissibles, publiés dans le site www.achatsetventes.gc.ca.
  • Rapide — Échéanciers raccourcis et une attribution de contrat très rapide.
  • Webinaire — Séances de questions et réponses interactives au cours de la période de sollicitation.
  • Évaluation du comité du centre d’expertise — Style « Dans l’œil du dragon » avec des experts externes.
  • Code source ouvert — Permettre l’utilisation d’une solution d’une source ouverte.
  • Adaptable — Commencer petit, visant à établir les bases sur lesquelles prendre de l’expansion et répéter.

Étapes suivies

Nous avons travaillé avec nos collègues de SPAC pour concevoir un processus d’approvisionnement qui répondrait à nos besoins tout en respectant nos exigences en matière d’approvisionnement. Voici les étapes de l’approche que nous avons suivies : pré-sollicitation, évaluation multi-phases et attribution de contrat.

Étapes que nous avons suivies dans le cadre de notre projet-pilote sur l’approvisionnement

Si vous êtes curieux, voici notre joyeux groupe d’évaluateurs de la phase 2. Nous avons expliqué notre rôle dans ce billet de blogue.

                             De gauche à droite : moi, Alannah Hilt, Gareth Keane, Mélanie Robert, Nicole Verkindt

Prochaines étapes

Notre prochaine étape consiste à l’évaluation exhaustive de notre approche d’approvisionnement souple. Demeurez à l’affût pour les résultats. Nous diffuserons un sondage officiel pour recueillir les leçons de l’industrie. Continuez de surveiller de près achatsetventes.gc.ca pour le sondage de SPAC. Nous avons besoin de vos commentaires.

Une fois que nous aurons terminé de recueillir les leçons tirées, nous diffuserons les résultats et nous recevrons heureusement d’autres commentaires concernant les points à améliorer en vue du prochain projet-pilote. Nous sommes très heureux des résultats jusqu’à présent, mais il existe probablement de nombreuses façons de nous améliorer davantage. Nous sommes aussi impatients de connaître les améliorations possibles de la part de nos collègues internationaux.

Une fois que SPAC aura terminé son évaluation du processus d’approvisionnement, nous envisageons d’élargir et de poursuivre rapidement notre deuxième projet-pilote. Demeurez à l’affût!

Remarque : Je travaille pour le gouvernement du Canada, mais il ne s’agit pas d’une de ses publications officielles. Il s’agit d’une initiative personnelle pour appuyer un gouvernement ouvert par défaut et pour joindre le geste à la parole quant au gouvernement ouvert.

Jaimie Boyd
Gouvernement ouvert, Canada

Texte originellement paru dans le blogue de Jaimie Boyd dans Medium et reproduit ici avec l’assentiment de l’auteure.

[NDLR : Jaimie Boyd a présenté les initiatives fédérales en matière de gouvernement ouvert au 5e Colloque libre de l’Adte 2018, le 2 mai, à l’Université du Québec à Montréal, où Richard Stallman et Roberto Di Cosmo étaient aussi invités.]